Attala Blog

you are what you is

Pique-nique

                                              

 

 

Allons camarade, sortons du trou comme un rat courageux, brave soldat face au feu ! Tirons-nous de ce souterrain où l’on est bien, parole d’homme ! Il faut oublier Proust et Henry James, ces gars là sont pas faits pour nous. A jeter l’ANPE, les jolies filles, la bière, l’hôpital psychiatrique, les gens qui vous veulent du bien et regardons las-bas si j’y suis. Point d’exclamation, je n’y suis pas. Je vais sortir, je sortirais, je suis sur le point de sortir. Tout compte fait, je ne vais pas sortir. Y’a des gens qui me regardent comme si j’étais un arabe, un militaire serbe, un juif, un stalinien, Bernard Henry-lévy, un poisson mort. Leurs yeux hurlent : « Qui es-tu toi ? » Je ne suis pas BHL, je suis anonyme. Pour le reste, je ne sais pas car on ne sait jamais ce qui peut arriver. Une chose dont je suis sûr, c’est que je suis breton, monsieur le monsieur. J’en fais pas une gloire, une authenticité, une identité, c’est comme ça, c’est tout. J’y peux pas grand chose à part le taire parce que vous savez, je n’en suis pas fier. Autrefois, quand j’étais petit, les Bretons se réunissaient pour tuer tous les petits lapins qui dépassent. Et bien monsieur le monsieur, il n’y a plus de petits lapins qui dépassent de nos jours aujourd’hui. Si j’étais avocat, je porterais plainte pour génocide, crime contre l’humanité des lapins. Mais je sais même pas à quoi ça sert la Loi. Faut pas croire que les Bretons, ils sont plus malins que les autres. Alors, laissez-moi tranquille monsieur le juge, je cherche des cigarettes.

« Bof, bof, bof ! » dit un académicien. Voilà de la petite littérature, ça ne mérite pas une lecture, juste une petite biture et encore. Monsieur l’académicien qui ne me lisez pas, sachez bien que je n’ai rien contre vous et le Titanic en modèle réduit que vous portez sur votre calvitie. J’aime ce que vous écrivez puisque je ne le lis pas. De mon trou, je ne sors pas depuis quinze ans et je regarde pas la fenêtre les gens qui vivent. Je suis envieux parce qu’ils sont heureux. Moi, comme un idiot, je ne suis pas heureux. Je suis malade comme un fou. D’ailleurs, c’est ce que les gens disent. Ils disent que je suis étrange, pas comme tout le monde et même inquiétant. Faut pas croire ce que les gens disent. C’est vrai que je leur dis jamais « bonjour ». Un jour, je l’ai fait bonjour, et bien on m’a sourit comme un Premier ministre. J’ai eu peur, j’ai jeté les yeux par terre et je me suis enfui pleurant tel un saule. Heureusement, pas loin de là se tenait bien droit un psychiatre qui m’a pris sous son aile. J’avais dix sept ans et c’était la première fois que je voyais un psychiatre. Je me suis dit qu’il voulait me consoler et m’offrir des bombons roses ou alors me dire que j’étais bien comme tout le monde. Pas du tout ! Il m’a donné un rendez-vous et m’a dit que les soins, dont j’avais très besoin, étaient remboursés par la sécurité sociale. Au début, je ne l’ai pas aimé tout de suite parce qu’il était vulgaire. Un vrai notaire. IL avait beaucoup d’affaires et un beau costume seyant, hi-han. Il fumait un gros cigare marron et laissait la cendre tomber sur le sol qui ne se plaignait jamais. Il me faisait des yeux durs comme une mère qui aime son enfant. Je voulais partir mais j’ai vite compris qu’il ne fallait pas haïr les gens qui étaient laids et riches. Au moins, celui là il n’était pas gros comme le médecin de l’hôpital pour les gens malades. Alors, je suis resté. On peut dire (que personne ne le dise) qu’il m’a adopté.

Nous n’avons pas été heureux ensemble. Il m’a ordonné des médicaments. Ca me rendait malade et je tremblais tel un buveur de bière. « Ce sont les effets secondaires » répétait-il sans s’arrêter. J’ai arrêté les effets secondaires, les neuroleptiques et le psychiatre. Aujourd’hui, il est mort d’un cancer du poumon. Je suis toujours vivant et timide.

Je sortirais si vous voulez et je vous dirais tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les fous et que vous savez déjà sans le savoir. Y’a rien d’extraordinaire à être cinglé sauf que ça fait mal partout. Les fous, ils ne sont pas méchants et ne vous attendent pas dans la rue avec un grand couteau qu’ils auraient piqué dans une boucherie ou un film américain. Ils disent pas de la poésie anglaise avec des airs de Nosfératu. En fait, ils ne ressemblent pas au Requiem de Mozart si vous voulez tout savoir. Ils ont peur. Le reste c’est de la métaphysique. Les disent qu’on vit dans des enfers brûlants peuplés de démons écarlates et … Stop ! Arrêtez les monsieur l’agent et passez leurs les menottes. Qu’est-ce que c‘est que ce délire ?

Les fous sont des gens comme les autres. Ils sont tristes, ils ne parlent pas ou très peu, ils fument beaucoup parce qu’ils ont rien à faire et regardent passer les voitures parce qu’il n’y a pas de train. Mais si l’on veut plus d’informations, pratiquer l’anthropologie in situ, faire des fouilles et réellement connaître, prenons la direction des centres hospitaliers gravement spécialises. Réservons notre billet de voyage, une place sur un strapontin tagué de la SNCF, organisons les visites, dressons des listes d’attente, appelons les hôtesses d’accueil, à l’appel les malades un par un et par numéro de sécu, au secours les dingues nous voulons savoir qui vous êtes ! A la clinique Laborde, haut lieu de la psychiatrie humaine, un psychiatre m’a dit un jour : « Je trouve les malades mentaux d’une exquise politesse. Ne trouvez-vous pas, monsieur le psychotique ? » Ce à quoi j’ai répondu triste comme une église qu’on enterre : « Je ne sais ce qui vous pique, je suis un était limite. » Pique-nique.

 

 

 


Laisser un commentaire

Au fil des mots. |
Spiralée |
La Voûte Etoilée |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | jepensedoncjesuis13
| Les chroniques d'Astéria
| Espace zen Pour des échange...